Il est psy, il a (presque) tout compris

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Bizarre, perché, psychanalyste… Demandez à quelqu’un dans la rue ce qu’est un psychologue : c’est probablement ce qu’il vous répondra. « Les psys, c’est pour les fous ». Alors, quand on se présente comme psychologue du travail, on a souvent deux réactions. La première : la moitié des interlocuteurs devient blême et l’autre moitié reste de marbre, en pensant « si je ne lui montre rien elle ne pourra pas m’analyser ». La deuxième réaction consiste à demander (pour la première moitié des interlocuteurs, qui ont récupéré un peu de couleur) : « mais ça sert à quoi ça, un psy ? ». Un petit éclaircissement s’impose.

 

 

Ce qu’est un psychologue du travail :

Un psychologue du travail est avant tout un psychologue. La profession de psychologue est réglementée en France, c’est-à-dire que l’on ne peut pas exercer si l’on n’a pas rempli un certain nombre de critères pour posséder le titre de psychologue. A noter que tout psychologue en exercice doit être inscrit sur les listes ADELI (Automatisation DEs LIstes) auprès de l’ARS (Agence Régionale de Santé) du département dans lequel il exerce. Pour accéder au titre de psy, il faut avoir une licence et un master en psychologie, et avoir validé un stage supervisé de 500h minimum.

 

Il y a énormément de disciplines différentes en psychologie : la plus connue, et celle qui nourrit tous les stéréotypes sur les psychologues, est la psychologie clinique. C’est le psy que vous pouvez aller voir quand vous n’allez pas bien, pour faire vite. Il y a aussi des psychologues spécialisés dans le développement de l’enfant, des neuropsychologues… Il y a même des psychologues dont le domaine de spécialisation est la sécurité routière. Parce que là où il y a de l’humain, il y a de la psychologie : et de l’humain, a priori il y en a partout. Car la psychologie, c’est l’étude du fonctionnement et des comportements humains. Et la psychologie est aussi une science, au même titre que la physique ou la médecine.

 

Comortement fonctionnement humain psychologie

 

Un psychologue du travail est donc un psychologue qui s’est spécialisé dans le champ du travail : discipline sous-jacente à la psychologie sociale (l’étude des interactions entre les individus, les groupes…), la psycho du travail aborde tous les aspects « humains » du travail. Du recrutement à la gestion des compétences, en passant par la santé et la qualité de vie au travail, ainsi tous les aspects liés au management, etc.

 

Les psychologues du travail se présentent rarement en tant que tels : vous les retrouverez sous des intitulés de poste tels que « chargé(e) de RH », « chargé(e) de recherche », ou bien « consultant(e) en recrutement ». Pourquoi ? Parce que le terme fait peur. Cette profession est mal connue et, même si elle commence à se démocratiser, suscite toujours des interrogations. D’autant plus que l’on peut exercer l’ensemble des métiers du psychologue du travail, sans être psychologue. Bon nombre de consultants RH, recruteurs et RRH ne possèdent pas le titre, et s’en sortent très bien ! Car, même si le psychologue du travail est un fin connaisseur du fonctionnement humain en situation de travail, il a quand même quelques (grosses) lacunes.

 

 

Ce que les psychologues du travail n’ont pas :
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Ils ne connaissent pas le monde de l’entreprise

Cela peut paraître choquant mais c’est la vérité. Les psys du travail sont parfois qualifiés de « bisounours » et c’est un peu vrai. Un psy du travail n’a pas eu la formation adéquate pour lui permettre de connaître et comprendre les tenants et les aboutissants d’une entreprise : comptabilité, gestion, droit… Sont des choses qu’il n’appréhende pas très bien, car le cursus ne forme tout simplement pas sur ces notions-là. C’est pour cela que les masters RH que l’on peut retrouver en école de commerce ou en IAE (Institut d’Administration des Entreprises) sont bien mieux équipés que les psys pour aborder les contraintes économiques d’une entreprise. Les psys sont donc souvent épinglés car ils ne voient « que » l’humain au travail, au détriment de tout le reste qui forme l’entreprise.

 

 

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Ils n’ont pas le côté commercial

Les psys n’ont pas le bagou, c’est bien connu. Allez dans un forum dédié aux stages et à l’emploi, par exemple. Sur les stands des cabinets de recrutement/cabinet RH, vous trouverez deux types de candidats pour intégrer ces structures. D’un côté, les étudiants issus d’écoles de commerce ou d’institut comme cités plus haut, et de l’autre les étudiants en psychologie. On voit facilement qui est qui. Les étudiants d’école de commerce, bien habillés, à l’aise pour parler de leur parcours et interagir avec les recruteurs. Les psys, qui n’ont pour la plupart jamais porté de costume-cravate, arrivent en jean-baskets, apeurés, et incapable de se vendre après avoir vu la performance de leurs homologues commerciaux. Et c’est normal : les psys n’ont pas été formés aux techniques commerciales et n’ont pas eu l’occasion de pratiquer leur expression orale, là où c’est quelque chose de quasi-quotidien en école de commerce.

 

Beaucoup de psys n’ont pas la fibre « business » : beaucoup d’entre eux sont sincèrement altruistes, et ont du mal à connaître leur valeur et à la négocier. Ils ont choisi d’aller en psycho pour « aider » les autres, et c’est leur motivation première. S’ils peuvent en vivre, ce sera super, mais ils ne chercheront pas à exercer leur métier pour devenir riche. Ils font au final d’excellents employés : ils vous demanderont rarement une augmentation, et seront heureux de travailler pour la gloire !

 

commercial business psychologue

 

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Les psys n’ont pas d’expérience, notamment à l’étranger

Blague à part, les psys n’ont que peu de stages dans leur cursus. Jusqu’en master 1, les stages ne sont pas obligatoires, quand les écoles de commerce imposent au minimum un stage par an. Même si pas mal d’étudiants ont travaillé pendant leurs études, ce n’est pas le cas de tous, et certains étudiants de psycho ne découvrent réellement le monde de l’entreprise qu’en master. Ils se confrontent alors à la dure réalité de la pratique, quand ils ont été baignés pendant des années dans le monde des théories. Ils mettent donc plus de temps à être opérationnels et à montrer leurs compétences.

Les psys peuvent choisir d’entrer dans un programme international au cours de leurs études, mais ce n’est pas non plus obligatoire. A contrario, bon nombre d’écoles imposent un séjour linguistique à l’étranger, pour ouvrir l’esprit de leurs élèves et leur faire découvrir de nouvelles cultures.

 

 

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Les psys du travail n’ont pas un pouvoir magique pour analyser les gens

Il est fréquent lorsque l’on se présente en tant que psy, que l’interlocuteur pense qu’on lit dans ses pensées et qu’on « l’analyse ». Coupons court tout de suite : les psys n’ont pas de pouvoir magique pour pénétrer l’esprit de l’autre et savoir ce qu’il pense. En revanche, le psy connaît les processus humains. Par exemple, il saura que nos actions influencent nos pensées. Il saura comment faire pour vous amener à réaliser une action, qui irait à l’encontre de vos opinions et qui la modifierait par la suite (vous avez dit tordu ?). Mais il sera bien incapable de dire ce que vous pensez là tout de suite. Il lui faudra un temps d’analyse des faits, et vos explications, pour comprendre. Ceux qui prétendent savoir ce que vous pensez en vous regardant sont tout simplement ce que les psys appellent des « psychopitres« . L’humain est bien plus compliqué que ça !

 

psy analyse pensée

 

 

Ce que les psychologues ont :
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La culture de l’humain

Ce qui est leur plus grand défaut est en fait leur plus grande qualité : les psys du travail ont compris que quelqu’un qui est bien dans son travail produit plus, et fait prospérer l’entreprise. Ils ont compris que chacun est différent et qu’on ne peut pas appliquer la même « recette » (ou le même outil) à tout le monde. Ils ont compris quand dans chaque situation, chaque décision, il y a de l’humain. Et qu’en agissant sur l’humain, on agit sur tout le reste.

 

 

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Les psys du travail connaissent le fonctionnement humain

Les psys du travail ont étudié le fonctionnement humain pendant au moins 5 ans. Ils en connaissent donc un rayon sur homo sapiens ! Ce sont de véritables experts. Comme un mécanicien qui connaît le fonctionnement du moteur d’une voiture, le psy est celui qui appréhende le mieux les aspects individuels, sociaux (etc.) de l’humain. Le psy est le mieux placé pour en parler, parce que c’est son champ de spécialisation.

 

 

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La psychologie en tant que science

Nous l’avons mentionné un peu plus haut : la psychologie est une science, qui fonctionne de la même façon que la physique, ou la médecine. Le psy respecte cette démarche scientifique : il s’appuie sur des théories qui ont été validées, c’est-à-dire qu’elles ont été testées et répliquées. C’est ainsi qu’un psy du travail n’utilisera pas la graphologie, qui a été invalidée dès 1906 par Binet. De même pour l’astrologie : on n’a jamais pu mettre en évidence un lien entre une date de naissance et des traits de personnalité.

 

 

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La psychométrie comme appui à la sélection des tests

Beaucoup de psys du travail, et de consultants RH en général, utilisent des tests. Les tests servent à étayer un ressenti, une impression, et permettent de prendre du recul sur une situation. Les tests sont un formidable moyen d’améliorer la qualité de son évaluation et de ne pas se laisser biaiser. Sauf qu’en matière de tests, on trouve de tout. Monsieur-tout-le-monde ne ferait pas la différence entre tous ces tests. Il serait même tenté de se raccrocher aux tests qui permettent de facilement catégoriser les gens (en 3 ou 4 profils différents, en général). Mais le psy du travail ne se laisse pas avoir.

La psychométrie consiste à examiner différents éléments d’un test afin de s’assurer que :

  • Le test mesure bien ce qu’il mesure et pas autre chose (validité)
  • Que l’on obtient des résultats identiques même en passant le test plusieurs fois (fidélité)
  • Et que le test différencie bien les individus entre eux (sensibilité).

Un test devra ainsi avoir été administré un certain nombre de fois, puis modifié, etc. Autant dire qu’un bon test met plusieurs années à voir le jour.

Les psys du travail ont été formés pour pouvoir analyser tous ces aspects, et ainsi choisir des outils fiables, adaptés à chaque situation. Comme un pharmacien va connaître ses médicaments et ne vendre que les plus performants, le psy n’utilise pas de tests non validés : c’est un gage de sérieux et de qualité d’intervention.

 

 

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Un Code de Déontologie

Nous l’avons déjà dit, la profession de psychologue est réglementée. Les psys sont soumis au respect du Code de Déontologie des Psychologues. Ce Code définit la profession, les champs d’intervention et les conditions d’exercice. Par exemple, pour revenir sur les tests, l’article 24 stipule que : « Les techniques utilisées par le psychologue à des fins d’évaluation, de diagnostic, d’orientation ou de sélection, doivent avoir été scientifiquement validées et sont actualisées. »

 

Code déontologie psychologue

 

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Les psys du travail ne se font pas avoir par les stéréotypes et les préjugés

Une branche de la psychologie sociale s’intéresse à ce que l’on appelle la catégorisation sociale. D’instinct, nous le faisons tous : nous rangeons des gens dans des cases, comme ça le monde est plus facile à comprendre et nous réduisons notre marge d’incertitude. Et nous ne voyons ensuite que ce qui va aller dans le sens de notre opinion, afin de nous rassurer en permanence (cela s’appelle la prophétie auto-réalisatrice ou effet Pygmalion). Et cela entraîne des biais, notamment dans le recrutement. C’est la catégorisation sociale qui est à l’origine des stéréotypes et des préjugés.

Le psy du travail ne se fait pas avoir par tout ça : même si tout humain a tendance à catégoriser, le psy prend systématiquement du recul, car il sait par exemple que ce n’est pas parce que l’on a la peau de couleur noire que l’on est fainéant. Il sait aussi qu’une femme ne sera pas forcément plus douce avec ses équipes qu’un homme. Cela peut paraître absurde, et pourtant on le retrouve au quotidien, c’est la base de toutes les discriminations : l’instinct est parfois notre pire ennemi. Vous pouvez aller consulter cet article sur les générations X, Y et Z qui l’illustre parfaitement bien.

 

 

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L’adaptation à chaque situation : le sur-mesure

Dans l’essence même des psys, on retrouve le mot adaptation. Les psys prennent le temps d’analyser chaque situation (et c’est parfois ce qu’on leur reproche). Cela leur sert pour ensuite faire les préconisations qui seront les plus adaptées et mettre en place des solutions sur mesure. Quitte à inventer ces solutions ! Un psy du travail n’appliquera pas bêtement le même outil ou la même méthode dans chaque intervention, comme un médecin ne prescrit pas le même médicament à tout le monde.

 

 

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Les psys du travail ne présument pas tout savoir

Les psys adorent qu’on leur démontre qu’ils ont tort : si vous avez des arguments solides et que vous arrivez à les convaincre, ils seront ravis de faire évoluer leur pratique. Car les psys se remettent systématiquement en cause : c’est le cœur même de la démarche scientifique. Ce qui est valable aujourd’hui ne le sera peut-être pas demain.

Contrairement à certains praticiens de certaines disciplines (comme la PNL par exemple, nous reviendrons dessus dans un prochain article), le psy du travail sait que ce n’est pas parce que vous regardez en haut à droite que cela veut dire que vous mentez. Parce que c’est bien plus compliqué que cela, vous l’aurez compris.

 

professionnel psychologie

 

Comment faire pour que les psys aient vraiment tout compris ?

Nous l’avons vu : les psys ont des qualités, et des défauts, comme toute profession. Le psy du travail n’est en effet pas le mieux armé pour affronter le marché de l’emploi et le monde de l’entreprise, de prime abord. Certains se démarquent mais beaucoup ont du mal à se plier aux règles du jeu et à en tirer leur épingle ! Ils ont pourtant un certain nombre de compétences et de qualités qui font que ce sont encore eux les mieux placés pour aborder les aspects humains au travail.

Alors, comment faire pour qu’ils aient tout compris ? Nous avons mis en évidence un certain nombre de points : former les psys aux aspects business, augmenter le nombre de stages… Et lutter contre les préjugés sur la profession, qui sont nombreux. Et si pour faire évoluer les choses, il suffisait de démystifier le psychologue du travail en parlant de lui ?

 

« L’objet de la psychologie est de nous donner une idée tout autre des choses que nous connaissons le mieux. »

Paul Valéry

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