La réalité du jeune créateur d’entreprise

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Une fois n’est pas coutume, c’est une vision des choses personnelle que Joaquina vous livre dans cet article. Pas de fondement scientifique, mais une expérience de vie, du haut de son statut de jeune créatrice/dirigeante d’entreprise.

 

« Chaque fois que vous voyez une entreprise qui réussit, dites-vous que c’est parce qu’un jour quelqu’un a pris une décision courageuse. » Peter Drucker

 

Aujourd’hui, la création d’entreprise n’est pas réservée seulement à une élite de quadra ou quinquagénaires qui, après une vingtaine d’années en poste, ayant élevé ses enfants, constitué un réseau et mis de l’argent de côté, décide de se lancer. Nombre de dispositifs permettent aujourd’hui à tous de créer son business. Pourvu que l’on ait l’idée, les compétences, et beaucoup de gnaque, il est facile de se former à la gestion, la comptabilité, au commercial. De véritables parcours existent pour accompagner le créateur depuis le tout début, quand l’idée commence à faire surface, jusqu’à l’échéance décisive des trois ans après la création, voire même tout au long de l’existence de l’entreprise, par les réseaux d’entrepreneurs.

 

Une « réelle réalité »

Pour les jeunes, des dispositifs spécifiques existent, et la création d’entreprise est aussi envisagée dès les études avec le statut « étudiant-entrepreneur », permettant à la fois de terminer son cursus étudiant et d’élaborer son projet de création, en étant accompagné. Penser l’emploi dès les études. L’initiative entrepreneuriale chez les jeunes est donc aujourd’hui largement favorisée.

Alors, tout ceci est très encourageant, certes. Mais il y a bien une réalité, dont on ne parle pas beaucoup, et que les jeunes créateurs subissent, que j’ai subie et que je continue de subir. C’est le regard de l’autre. Pas le regard des parrains, des accompagnateurs, des gens qui vous soutiennent, non.

 

« Mais t’es pas un peu jeune pour te lancer ? »

Une façon de travailler

Pour les concurrents, il est normal qu’ils ne vous accueillent pas les bras ouverts. Néanmoins, je pense qu’il est primordial, surtout dans nos métiers (des ressources humaines et de l’humain en général), d’agir intelligemment. On ne vend pas tous le même produit qui apporte les mêmes effets : on propose des solutions, on met en place des actions. Et chacun a son cadre de référence, sa façon de faire et son domaine de spécialisation, qui fait qu’il est très rare de voir deux consultants RH qui auront la même approche. C’est ce qui fait la force de ce métier. Ça passe avec certains clients, c’est adapté dans certaines situations, et avec d’autres moins.

D’où l’intérêt de travailler en réseau. Plutôt que de vouloir absolument réaliser la mission, il vaudrait mieux reconnaître son manque de compétence (et d’appétence, parfois !) et accompagner l’entreprise dans le choix d’un autre consultant. Mais ceci est un autre débat.

Pour les autres, créateurs plus âgés, chefs d’entreprise, prospects, clients voire concurrents, c’est un combat quotidien du jeune créateur d’entreprise. Face aux remarques, pas méchantes mais toujours bien placées « tu as moins de 40 ans et tu as créé ta boîte ?! »… Et aux actions : on vous tutoie d’emblée par exemple, dès la première rencontre, alors que l’on vouvoie tous les autres acteurs du projet.

 

ACT-UP Cabinet de conseil en ressources humaines, recrutement et formation

 

Alors, qu’est-ce que l’on dit des jeunes créateurs ?
Ils manquent d’expérience

C’est un reproche que l’on entend très (trop) souvent. Il est vrai que l’expérience est un immense trésor, un facteur de connaissances. Mais parfois aussi un facteur d’erreur.

Sans vouloir stigmatiser les quadra-quinquas, lorsque l’on a « de la bouteille », on en a vu des choses. C’est indéniable.On peut parfois s’enfermer dans ce que l’on a déjà vu, mais comme deux situations ne sont jamais les mêmes, on peut alors commettre des erreurs car l’on n’aura pas assez pris le temps de la réflexion. C’est cette capacité de remise en cause que l’on retrouve nécessairement chez les jeunes créateurs, car comme ils n’ont pas tout vu, ils reprennent les éléments un par un et se documentent avant de se positionner. C’est aussi un gage de qualité.

 

Ils manquent de connaissance et de compétence (et donc d’expertise)

La crédibilité des jeunes créateurs est souvent mise à mal. Se qualifier d’expert à 25 ou 30 ans, c’est mal vu ! Et pourquoi pas ? Certes, ils n’ont pas tout vu ni tout vécu. Mais ils ont une dynamique d’apprentissage et l’esprit critique. Récemment sortis des études, ils utilisent des méthodes et des outils récents et fiables (dans mon cas, des tests de personnalité à passer sur Internet en moins de 10 minutes)… Plutôt que des vieux outils dont il a été montré qu’ils n’avaient aucune fiabilité (comme la graphologie, toujours pratiquée par certains encore aujourd’hui, dont Binet a démontré dès 1906 sa non-fiabilité). Ils cherchent sans cesse de nouvelles (et meilleures) façons de faire les choses, et d’améliorer leurs compétences.

 

Ils manquent de références

En France, nous avons cette culture des références. En recrutement par exemple, bon nombre de recruteurs font encore un « contrôle de références » en appelant les anciens managers du candidat, et en lui demandant comment les choses se sont passées. Il suffit de tomber sur l’ancien responsable avec lequel le candidat ne s’entendait pas du tout bien, et adieu l’objectivité. Le recruteur aura davantage de chances d’entendre un discours bourré de reproches, qu’une analyse pertinente des réussites et des échecs du candidat.

En création d’entreprise, le client va être rassuré de voir que le consultant a travaillé avec tel ou tel grand groupe. Ça en jette, d’avoir réalisé une mission pour Danone ! Mais ça ne dit nullement les résultats obtenus sur place. C’est juste un nom. Et encore, quid des affinités avec le client, qui l’aura amené à dire ça ou ça au sujet du consultant…

 

Ils manquent de réseau

Il est vrai que quand on sort des études, on n’a pas souvent de réseau. Beaucoup d’étudiants se détournent (à tort) du monde professionnel tant qu’ils n’ont pas eu leur diplôme, et s’y intéressent une fois qu’il leur faut trouver un emploi ou démarrer une activité. La construction d’un réseau devrait se faire dès le début des études, et aujourd’hui de plus en plus de jeunes l’ont compris et s’y attellent. Les réseaux sociaux comme LinkedIn permettent cela.

 

Bonus quand on est une femme jeune créatrice d’entreprise : les enfants

Les femmes ont du mal à se faire une place dans la création d’entreprise (seulement 30% des créateurs sont des femmes). Et alors là, si vous cumulez le sexe féminin et un âge dont le premier chiffre n’est pas un 4 ou un 5, vous êtes quitte pour la totale. Je sais de quoi je parle. Cette question est aussi valable dans le recrutement en général : une femme va vouloir des enfants, et elle va donc s’arrêter pendant la grossesse. Ce qui peut amener certains recruteurs à poser des questions totalement illégales : « est-ce que vous voulez des enfants ? ». Je suis sûre que l’on peut demander aux femmes entrepreneures ce qu’elles pensent de la question, et elles vous répondront que l’on peut être femme, maman ET entrepreneure.

 

 

Ce que l’on dit moins sur les jeunes créateurs
Ils sont doués dans la relation client

Les jeunes créateurs doivent gagner leurs clients, leur crédibilité et prouver que le client a bien fait de les choisir. Ils mettent donc les bouchées doubles : le client est roi. Ils font tout pour réussir leurs missions, répondent à leur client dans l’heure qui suit et s’adaptent à toutes les situations.

 

« La raison d’être d’une entreprise est de créer et de garder un client. »
Théodore Levitt

ACT-UP cabinet de conseil en ressources humaines, recrutement et formation

 

Ils sont l’avenir de demain

Qu’on le veuille ou non, les jeunes d’aujourd’hui, avec leurs idées, leur conception de la vie et de l’entreprise, seront les quadras-quinquas de demain ! Ils ne demandent qu’à être écoutés, compris et à interagir avec les générations précédentes, pour apprendre d’elles et pour évoluer avec elles. Il n’y a pas « les jeunes contre les vieux », mais « tout le monde ensemble ».

Évidemment, je prêche pour ma paroisse dans cet article. Je fais des généralisations, mais vous connaîtrez (et moi aussi) toujours une exception qui confirmera la règle. Il n’empêche que ce débat ouvre la porte vers un autre débat : pour réussir en entreprise, en tant que salarié ou dirigeant, il faudrait : être jeune (parce qu’à 55 ans, les difficultés sont aussi là), avec beaucoup de compétences, et beaucoup d’expérience. Le mythe du  » 30 ans, 15 ans d’expérience ». A défaut, si on est juste jeune, on risque de se voir affubler de remarques et de reproches divers et variés.

Au final, cette attitude envers le jeune créateur d’entreprise peut peut-être trouver une explication dans l’appréhension : il s’agit bien ici de la relève, de la nouvelle génération, de ceux qui vont continuer à faire vivre l’économie dans le futur, et dont certains le font dès maintenant.

Et cela fait peur, de savoir que l’on va devoir passer le flambeau, à un moment. Car l’on a peur de se retrouver dans le noir ! Quand on voit ces tentatives récurrentes de décrédibiliser la jeunesse, on ne peut s’empêcher de penser qu’au final, c’est peut-être parce que cette jeunesse manque de tout sauf de crédibilité…

 

« La nouvelle génération est épouvantable. J’aimerais tellement en faire partie ! »
Oscar Wilde.

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